Le Maroc intégrera-t-il le nouveau groupement élargi annoncé des BRICS?

La 15 ème édition de la Conférence au sommet des BRICS (Groupement constitué du Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) se tient du 22 au 24 août à Johannesburg.
C’est, dit-on, un évènement attendu tant le contexte mondial est empreint d’agitation et d’incertitudes et que ce groupement compte devenir plus visible.

Le groupement, créé à l’origine pour réunir des pays émergents economiquement, se voit dans le contexte actuel en capacité de jouer un rôle plus étendu à même de faire un contrepoids au pole actuellement dominant.
Pour ce faire, le groupement BRICS compte s’ouvrir à de nouveaux membres et se doter d’une stratégie en adéquation avec les nouveaux objectifs visés.

De fait, six pays africains se retrouvent parmi les 23 candidats annoncés par des sources sud-africaines pour rejoindre le groupement (en plus d’autres en reflexion). Les candidats sont quasiment tous des pays du sud (6 d’Asie, , 6 d’Afrique, 5 du Moyen orient, 5 d’Amérique Latine et la Biélorussie, seul candidat européen). Covid et ses conséquences alimentaires, énergétiques, sanitaires, logistiques…, l’instabilité geostratégique et économique accusée, ainsi que les mouvements des plaques tectoniques mondiales actives ( en Afrique Sahel et Corne, Moyen orient, Asie et Europe désormais), font bouger les BRICS, qui doivent décider de leur strategie future et des conditions d’elargissement de leur groupement.

Il semble, en effet, que le principe d’élargissement soit acquis. Comment? Est ce que cela renforcera ce groupement ou, au contraire, cela le fragilisera, sachant qu’il est déjà assez fragile et hétérogène, malgré ses forces certaines ( en termes de population, pib, territoire…)? Est ce que son élargissement est vraiment recherché par tous les BRICS? ( il y a doute autour de la Chine par exrmple, comme sur le Brésil meme dirige par le president Lula). Est ce que l’élargissement va approfondir les rivalités entre les 2 blocs mondiaux, et jusqu’où cela ira-t-il? Autant de questions qui se posent d’ores et déjà.

Et puis surtout sur quelle stratégie nouvelle le nouveau groupement élargi va t il s’entendre? Chacun des membres actuels est mû par ses priorités propres. Et puis les nouveaux venus apporteront leurs lots d’intérêts nouveaux. Autant d’inconnues qui vont conditionner la position de pays candidats comme le Maroc.

Le Maroc n’a pas encore annoncé officiellement sa position. Cependant, beaucoup pensent qu’il a plusieurs raisons d’y aller. Des considérations geoecostrategiques, mondiales et régionales, mais aussi parce que la stratégie marocaine de diversification des partenariats est actée depuis des années.

Notre étude faite dans le cadre de l’IRES en 2012 déjà (www.ires.ma), et nos échanges au sein de l’IMIS, montrent l’importance et la diversité du partenariat existant entre le Maroc et chacun des BRICS, excepté avec l’Afrique du Sud qui, pour des considérations économiques propres à ce pays, reste attachée à l’Algérie autour de la fantomatique république sahraouie.

Dans cette étude, nous avions recommandé d’étudier les moyens pour s’arrimer davantage à ce groupe des émergents économiques tant ils pouvaient offrir des opportunites supplémentaires et que nous sommes deja bien en partenariat multiforme, diversifie et a des degres fivers avec chacun des pays. Individuellement, c’edt vrai, pas en tant que groupement. Mais 2012, c’était déjà une autre époque!

Il faut dire, en effet, que le contexte mondial actuel a beaucoup changé avec la guerre en Europe de l’est et le fractionnement du monde en pôles de plus en plus concurrentiels et agressifs. Les BRICS ne semblent plus vouloir rester – et ce sous la pression russe, voyante, et chinoise, sournoise – un « simple » groupement d’emergents économiques. Où en veulent ils venir (ONU, Dollar, OTAN…)? C’est encore inconnu.

Au plan des intérêts économiques marocains, le choix favorable aux BRICS paraît simple. Mais aux plans politique, diplomatique et stratégique, il y a à murir la position de manière fine, en temps opportun et l’expliquer clairement ( comme cela a été fait concernant la guerre en Ukraine par exemple), afin de continuer à consolider notre intégrité tertitoriale, notre priorité absolue, et garder nos soutiens traditionnels avec lesquels nous sommes liés de longue date ou récemment ( OTAN, Accords d’Abraham…).

Devrait-on, plutôt, nous concentrer sur notre voisinage africain ( CEDEAO, Afrique atlantique…) et mieux gérer nos Accords de Libre Echange déjà en cours ou ceux susceptibles d’etre conclus notamment, si intérêt, avec de nouveaux partenaires, y compris du groupement BRICS? C’est un angle de vue tout aussi defendable.

La diplomatie marocaine, très agile et rodée, saura trouver le justificatif à un accès ou non aux BRICS, tout en continuant à ménager nos intérêts à equidistance à l’égard des pôles mondiaux. Il s’agit d’un optimum geoeconomique et stratégique à gérer.
Quant à de prétendues conditions préalables à remplir pour pouvoir accéder éventuellement à ce groupement, le Royaume Cherifien en a un lot consistant comparé à de nombreux autres candidats. Encore faudrait il qu’il décide d’y aller.

Ahmed Azirar.
Chercheur IMIS. Fondateur de l’AMEEN.
11 . 08 . 2023

Pas de commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *