Un partenariat public-privé élargi pour réussir la décennie 2025/35

Au moment où s’élèvent au Maroc de plus en plus de voix demandant un remaniement ministériel, la nécessité est impérieuse d’une prompte activation des chantiers internes et d’une observation attentive des mutations de l’environnement régional et continental, empruntes notamment de montée de l’extreme droite en Europe, de la chute de l’ANC en Afrique du sud, de la persistance de la guerre en Europe et au Moyen Orient et de l’agressivité toujours nerveuse des voisins de l’est.

Au fait, qui demande le remaniement?
Ce sont d’abord, certains chefs de partis qui voudraient absolument revenir au gouvernement, tant ils sentent que leurs partis ne valent plus grand-chose hors implication gouvernementale. Un parmi ceux-ci le fait savoir de manière voyante, insistante: « prenez nous, nous le valons bien !».
Tous disent que l’ere des taxés « Islamistes » est révolue. Ils savent pourtant que leur capacité mobilisatrice, voire de nuisance, est grande « in or out  government ». Comme c’est le cas autour du dossier du statut familial dont ils font une entête capitale.
Ce sont ensuite des journalistes « indépendants » travaillant pour des sponsors/donneurs d’ordre, qui aspirent tant participer aux affaires dans un gouvernement piloté par un businessman notoire.

Ces journalistes demandent des réformes « structurelles »! Comme si celles en cours sous impulsion et suivi royaux ne suffisent pas. Ou que des départements comme les affaires étrangères ne sont pas performants !
Pourtant les réformes en cours, sont bien structurelles et embrassent des pans entiers de la société et de l’économie nationale. Depuis la couverture sociale, jusqu’à la Moudawana en passant par les infrastructures, le sport, l’industrie.

S’il y a manque d’efficience et persistance de défis sérieux, comme le pouvoir d’achat, le chômage et l’atonicite de la croissance, défis liés d’ailleurs, il faudrait voir du coté, un, de la vision sous tendant le traitement de l’économie; deux, des faiblesses exécutoires de la part de certains departements; trois, de la lourdeur administrative habituelle; quatre, du resserrement financier public; et cinq, de la torpeur persistante du secteur privé.

Améliorer le casting ministériel peut être utile jusqu’à un certain degré, mais sera insuffisant tant la complexité et la diversité des transformations à accomplir dans la décennie à venir sont connues et irréversiblement programmées.

Des urgences sociales sont là aussi et elles nécessitent pour leur gestion des aptitudes politiques et de communication infaillibles pour les traiter. Deux volets dans lesquels le chef du gouvernement actuel et certains de ses ministres n’excellent pas particulièrement. L’inflation toujours vivace, et la persistance de la fragilité sociale de certaines couches populaires ne peuvent être traitées par des adjuvants néolibéraux aux effets de ruissellement incertains.

Ces adjuvants créeront tout au plus des assistés et une force « hors syndicats » d’un ton audible qui pourrait être fort. Ces couches veulent autant un revenu minimum, que des produits subventionnés à bas prix. Le pain, le sucre, l’huile, la pomme de terre, le gaz butane, sont des emblèmes que ces couches déshéritées classent en tete de leur pyramide Maslow.

Leur dire que l’Etat améliore la santé et l’enseignement, ou subventionne le transport, ne leur parle que modérément. Des mauvaises langues vont jusqu’a dire que « l’Etat donne d’une main et récupère de l’autre ».
C’est cette vision économiciste qui ne cadre pas encore avec notre niveau de développement social, surtout que la conjoncture de changement climatique et de sécheresse prolongée assombrit les humeurs.
Les rumeurs qui circulent sur la possibilité de hausse du prix du pain après le relèvement du prix du butane, devraient être traitées avec le maximum de sérieux, d’où qu’elles viennent.

En clair, la phase transitoire de cloture de la caisse de compensation devrait être allongée, le temps que les effets Covid soient annihiles, que le revenu minimum puisse faire l’effet voulu et que les autres programmes sociaux agissent ( habitat, Haouz, couverture sociale).
Les récentes augmentations salariales et accords sociaux vont dans le bon sens. Mais ils concernent surtout les travailleurs syndiqués et ne résolvent pas le chômage qui croit toujours, ni le problème des retraités qui se serrent la ceinture.Aussi, l’effort de mobilisation des financements nouveaux devrait-il être approfondi. A commencer par le traitement de l’évasion et de la fraude fiscales, et l’appréhension du secteur dit informel illégal ( pas le social). Surcharger les memes ( secteur organisé et salariés notamment) est contreproductif économiquement, socialement et politiquement.

De meme, le spectre des PPP doit être élargi tant aux investisseurs nationaux qu’étrangers. Les dépenses à engager dans les infrastructures générales et sportives sont tellement lourdes qu’elles risquent, si mal digérées, de déstabiliser durablement l’économie et appeler rude ajustement. Les cas passés du Portugal, de l’Irlande, de la Grèce et de l’Espagne, les fameux PIGS, sont encore dans les esprits. Un « gouvernement d’hommes d’affaires» se doit d’être créatif en matière de financements novateurs et de mobilisation de l’investissement productif privé. La Commission nationale d’investissement ne présente pas encore de résultats exceptionnels malgré la nouvelle charte généreuse.
Qu’il y aura ou pas de remaniement gouvernemental, l’essentiel est que les gestionnaires nationaux et locaux de la chose publique devraient avoir en vue la décennie 2025-2035 à réussir, celle des grands évènements mondiaux du Maroc et de son accès impératif au statut de l’émergence économique et sociale.

Ahmed Azirar/ Economiste
06.06.2024

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